La représentation du multiculturalisme dans les musées d’ethnologie : perspectives croisées Corée, Japon, Occident.

Demi journée d’étude organisée dans le cadre du groupe Populations japonaises du Centre d’Études Japonaises

vendredi 23 novembre 2018 de 15h00-18h00
INALCO salle 5.01
La science anthropologique et le musée qui accompagne bien souvent son développement sont intimement liés à l’élaboration et à la diffusion d’un regard sur l’altérité. Cette altérité, qui pouvait être lointaine, voisine ou très proche, permettait de poser une distinction nette entre le « nous » et l’ « autre ». Par un effet de miroir, en même temps que l’on décrivait les cultures étrangères, on s’identifiait à une culture locale, nationale, voire régionale et l’on construisait des identités. A l’heure de l’avènement du multiculturalisme, que deviennent les institutions ethnographiques qui ne souhaitent pas devenir uniquement des musées dépositaires d’une histoire de l’ethnologie ? Comment exposent-elles ce multiculturalisme qui interroge et conduit à une (re)négociation des identités? Ces questions seront abordées à travers trois contextes culturels différents : celui de la Corée du Sud, du Japon et de l’Europe.
15h00-15h40 : Ji-Young Park, Post-doctorante et chercheuse-associée dans le projet « Translocations » à l’Université technique de Berlin,
« Droit du sang ou droit du sol : il est temps de choisir. Le Musée national de folklore en Corée du Sud » ;
Depuis les années 2000, avec l’ouverture du marché du travail, la naturalisation des Chinois d’origine coréenne et l’augmentation des mariages internationaux, la société sud- coréenne s’ouvre à l’intégration de ces nouvelles populations. En tant qu’institution sociale, les musées nationaux coréens, dont la mission est d’établir l’identité coréenne, soit la coréanité, participent aussi à cette politique en célébrant le multiculturalisme. Dans cette perspective, le Musée national de Folklore a proposé différents programmes, notamment des mallettes pédagogiques consacrées à divers pays asiatiques voisins, des expositions temporaires sur des thématiques évoquant les populations immigrées, ou encore, des conférences sur d’autres pays et des manifestations multiculturelles. Or, cette nouvelle orientation sociale se reflète-t-elle également dans la muséographie de l’exposition permanente ? Nous nous intéresserons ainsi à l’écriture et au besoin de redéfinition d’une histoire culturelle coréenne au sein du musée national à l’époque du multiculturalisme.
15h45-16h25: Alice Berthon, ATER à l’université de Grenoble-Alpes, Inalco-CEJ/EHESS-CRJ
« L’exposition d’une société multiculturelle dans les musées nationaux japonais : à quand la fin d’un mythe ? »
Le mythe qui s’est développé dans le Japon d’après-guerre sur une prétendue homogénéité ethnique du peuple japonais est, aujourd’hui encore, largement répandu. Si la présence de minorités ethniques nationales mettait à mal cette représentation collective, c’est la reconnaissance en 2008 des Aïnous comme peuple autochtone de l’île d’Hokkaidô, ainsi que l’avènement d’un pays d’immigration, qui obligent le Japon à penser une société multiculturelle. Toutefois, tant du point de vue législatif que des discours officiels, le gouvernement japonais continue de faire montre d’une grande ambiguïté qui laisse à penser que le pays n’est pas prêt de prôner une société multiculturelle, ni d’abandonner un mythe qui montre pourtant de plus en plus ses limites. Le Musée national d’ethnologie et le Musée national d’histoire et de folklore, qui ont récemment réaménagé leur espace d’exposition permanente, tentent de présenter autrement le Japon en intégrant davantage les cultures étrangères. A quel(s) type(s) d’exposition cela aboutit-il ? et en quels termes se pose la redéfinition des discours identitaires au Japon ?
Pause
17h00-17h40 : Fabien Van Geert, Maître de conférences en Sorbonne-Nouvelle Paris 3, Cerlis
« Exposer les collections ethnographiques à l’heure du multiculturalisme. Retour sur 25 ans de pratiques muséographiques européennes ».
Au cours des années 1990, la notion de multiculturalisme s’est imposée à l’échelle internationale pour conceptualiser la nature plurielle des sociétés occidentales, en ayant des effets sur l’ensemble de la sphère culturelle, et notamment sur l’exposition des collections ethnographiques. Cette réflexion constituera en effet l’une des bases pour la rénovation de ces institutions, en profonde crise depuis les années 1970-1980, en musées des cultures du monde, présentés comme favorisant le dialogue entre les cultures et ayant dépassé le cadre colonial d’exposition. Près de vingt-cinq ans après le début de cette vague de rénovation qui touchera l’ensemble des pays de l’Europe de l’Ouest, ces institutions semblent cependant désormais être confrontées à une série d’enjeux, du fait de la remise en cause de l’idée de multiculturalisme. Dans un déplacement global de l’échiquier politique vers la droite, alimenté par l’insécurité générée par la vague d’attentats terroristes qui touche l’Europe depuis quelques années, différentes déclarations prônant la fin du multiculturalisme ont en effet été formulées par différents chefs d’État européens. En outre, la remise en cause du multiculturalisme par les épistémologies décoloniales se développant depuis les années 2000 semble avoir ravivé les débats quant aux possibilités d’exposer ces collections dans les musées européens. Dans ce contexte, cette présentation tentera de questionner l’émergence d’une « crise » de sens pour ces institutions, mais aussi le début possible d’un nouveau cycle de muséalisation de ces collections.
17h40-18h00 : discussion générale
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