Mobilisation des jeunes au Japon, mars-mai 2012

- Mission David-Antoine Malinas, Tôkyô, 29 mars – 8 mai 2012.

Le but de cette mission est d’approfondir et poursuivre ma recherche sur la mobilisation des jeunes au Japon. Cette mobilisation est à mettre en lien direct avec la précarisation croissante de l’emploi des jeunes et ceux qui se mobilisent sont moins des étudiants – comme en France – que des travailleurs précaires. Les associations qui tentent de mobiliser cette population constatent qu’un public croissant répond présent à leur actions et deviennent membre de leurs associations. Nous citerons pour exemple le village des intérimaires fin 2008 – très fortement médiatisé au moment de la crise des subprimes – avec la participation de plus de 500 intérimaires alors que les organisateurs avaient prévu moitié moins, ou bien l’annuel « rassemblement national des jeunes (zen koku seinen dai shû kai) » qui mobilise désormais près de 5 000 jeunes chaque année soit un doublement des effectifs par rapport aux premières années (2007).

Pour autant, les recherches sur ce sujet sont encore rares, et les approches sont souvent prises dans de nouvelles contraintes productivistes – jeunes chercheurs en CDD avec impératif de résultats annualisés – ou l’habitude des approches organisationnelles. En bref, lorsque le chercheur va jusqu’au niveau de l’acteur, sont alors favorisées des enquêtes quantitatives, questionnaires envoyés par courrier ou internet, aux taux de réponse particulièrement faibles et qui se limitent à une seule « photographie » à un moment donné de l’engagement.

Afin de comprendre la logique de l’engagement – et du désengagement – des acteurs dans sa dynamique j’ai commencé, à partir des années 2008,  à mener des enquêtes auprès de membres d’une association d’aide aux travailleurs précaires, tournée plus spécifiquement – mais non exclusivement – vers les jeunes. Cette association s’appelle le syndicat des jeunes (Seinen Union). Crée en 2000 et située à Tokyo, elle est l’une des associations les plus visibles de la lutte contre la pauvreté au Japon, à la fois médiatisée et insérée dans le réseau « anti-pauvreté » qui regroupe non seulement les principaux acteurs de la société civile sur la question mais au-delà sert de plate-forme de négociation avec les politiques et l’administration.

L’objectif de la mission est double.

1 Réaliser de nouveaux entretiens afin de consolider les résultats déjà obtenus.

Les entretiens sont normalisés et constitués de 23 variables réparties en sept catégories (1 Identification des sujets, 2 Devenir membre, 3 Actions politiques et sociales antérieures,  4 Education et expérience professionnelle, 5 activité au sein de la SU, 6 Famille, 7 Corps et Esprit). Chaque entretien est donc semi-directif et autant que possible les acteurs répondent à l’ensemble des questions. Un peu plus de 50 entretiens ont déjà été réalisés. L’association que nous étudions est de petite taille (entre 300 et 400 membres), et renforcer le nombre d’entretiens permettra d’exploiter les résultats à la fois dans une approche qualitative mais également statistique.

Ces nouveaux entretiens permettront de mieux analyser le caractère « nouveau » de l’engagement des jeunes. En effet, il apparaît d’un point de vue de l’analyse sociopolitique deux profils de membres : les primo-militants, ceux qui s’engagent dans une activité militante pour la première fois ;  et les militants repositionnés ou multi-positionnés, qui ont déjà eu une expérience militante. Notre hypothèse et que la nouvelle vague d’entretien permettrait de souligner la croissance, déjà perceptible, de la mobilisation de jeunes qui n’ont pas encore eu d’expérience militante.

2 Actualiser les entretiens déjà réalisés afin d’analyser l’évolution de l’engagement militant des membres.

Le but est de recontacter les cinquante membres que nous avons interviewés afin de voir comment leur engagement a évolué. Souvent, d’un point de vue organisationnel, le désengagement est vu dans son effet négatif sur les organisations qui luttent contre le turn-over. Le but est de proposer une analyse au niveau de l’acteur (suivi biographique) et distinguer les facteurs qui permettraient d’expliquer le maintien de l’engagement ou au contraire le désengagement. Plus en avant, ce travail permettrait de répondre à la question suivante : le désengagement d’une organisation spécifique correspond-t-il effectivement à une mise en veille de l’activité militante ? L’hypothèse que nous formulons est que l’activité militante peut être reconvertie vers d’autres organisations voire d’autres thématiques. Egalement, l’expérience de l’engagement des ex-membres peut être utilisée pour convertir de nouveaux membres. Il faudrait alors distinguer engagement et conscience militante.

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