Contraintes et conditions à l’émergence d’un mouvement de plus précaires

David-Antoine Malinas, « Analyse des contraintes et conditions à l’émergence d’un mouvement de plus précaires : le cas du mouvement de défense de sans-abri au Japon », Le mouvement social, 2010, no230, p.65-78.

 Les récents changements qui touchent la société japonaise permettent de souligner l’importance de la thématique de la pauvreté (hinkon) et de l’exclusion (haijyô) alors même que ces deux mots étaient encore inutilisés il y a quelques années. Une véritable révolution politique vient ainsi d’avoir lieu avec la victoire historique du Parti Démocrate aux dernières élections législatives, parti dont la principale thématique de campagne était la lutte contre la précarité économique et sociale. De même, le taux de pauvreté qui touche plus de 15 % de la population a été reconnu officiellement par le Japon, qui est désormais l’un des pays les plus touchés par les inégalités, précédé seulement au sein des économies avancées par les États-Unis.

Le but de cet article est de replacer le mouvement en faveur des plus pauvres dans une perspective plus large en s’interrogeant sur les conditions de l’engagement, non seulement des plus pauvres mais également en faveur des plus pauvres. Avec cet objectif, nous nous centrons ici sur la résistance récente des sans-abri dans un quartier de Tokyo : Shinjuku contre la politique répressive de la Mairie de Tokyo, qui a son siège dans ce quartier. La mobilisation des sans-abri de la gare de Shinjuku a été l’un des phénomènes marquants des années 1990, par sa durée – près de quatre années de luttes entre 1994 et 1998 –, par son ampleur – une mobilisation massive de sans-abri et un très fort écho médiatique – et enfin, et peut-être surtout, par ses résultats : l’arrêt total de la politique d’éviction de la Mairie de Tokyo et la mise en oeuvre d’une politique de réinsertion, première du genre 2. Mais ce mouvement est aussi retenu ici parce qu’il apparaît comme le premier en faveur des plus précaires et a donné naissance à une organisation spécifique, la Shinjuku Renraku Kai (SRK), qui, encore aujourd’hui, est, directement ou à travers ses différents membres, au coeur du mouvement anti-pauvreté. La dimension fondatrice de cet objet d’étude permet de rendre compte de la manière la plus claire des conditions et des entraves qui pèsent sur l’émergence d’un tel mouvement.

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