Pathogénie d’Akira Kurosawa

Mathieu Capel, « Pathogénie d’Akira Kurosawa »

« Comment l’action progresse-t-elle chez Kurosawa ? Pour lui conflits sentimentaux et autres drames intérieurs sont superflus. « Un rapport de force entre guerriers » : tout film d’action fondé sur ce principe lui suffit amplement. Il ne s’attache donc ni aux mouvements des sentiments ni à leur développement. Pour lui il s’agit au contraire de tout rendre visible, pour construire un scénario trépidant, fondé sur le conflit et le rapport de force. […] Bref, et pour le dire en des termes quelque peu excessifs, ses films ne s’intéressent qu’à l’issue du bras de fer ou de la joute que se livrent deux guerriers.»[1]

A Masumura, on répliquera que les films de Kurosawa sont d’autant plus complexes que la force des bras n’y suffit pas pour gagner. On se souvient ainsi de la surprise de Gorobei quand, à la fin des Sept samurai, Kambei s’avoue vaincu après avoir pourtant terrassé les brigands. De fait les personnages de Kurosawa ne savent jamais vraiment comment vaincre. Non qu’ils soient faibles. Leur manquent plutôt les règles : qui ou quoi décidera de la victoire finale ?


[1] Masumura Yasuzô, « Sôdai ni shite hisô na eiga sakka Kurosawa Akira », in Fujii Hiroaki (dir.), Eiga kantoku Masumura Yasuzô no sekai, Wides Shuppan, Tokyo, 1999, p. 28. Texte original paru en 1974 dans la revue Kinema Junpô.

 

 

 

 

 

 

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