Ruptures post-coloniales et enjeux de reconnaissance en Asie orientale

Communications lors du Réseau Asie, septembre 2011

Repenser l’Asie et le Pacifique impose aux chercheurs en sciences humaines de ne plus percevoir la pensée européenne comme médiation universelle des histoires chinoise, japonaise, thaïlandaise, indienne.., de produire des regards qui résistent à toute forme de colonialisme scientifique afin de penser la pluralité et la complexité des récits des sociétés d’Asie et du Pacifique. Nous privilègerons ici trois entrées dans les sociétés malaisienne, japonaise et thaîlandaise sur des objets de recherche construits à partir de ruptures post-coloniales et qui permettent de penser les enjeux de reconnaissance dans chaque contexte. La dernière intervention sera centrée sur la façon de construire des récits de sociétés à partir des sociologies européenne et chinoise.
COORDINATION :LAURENCE ROULLEAU-BERGER ;
Laurence/point/Roulleau-Berger/at/ens-lyon/point/fr
KAZUHIKO YATABE ;
kazuhiko/point/yatabe/at/univ-paris-diderot/point/fr

De l’inclusion politique des migrants en Malaisie et à Singapour : gouvernementalité, stéréotypes et économies morales. 
•    Loïs BASTIDE ;
wamsaya/at/gmail/point/.com
En Malaisie et à Singapour, deux pays pris dans des histoires postcoloniales intriquées mais divergentes, les processus de construction des communautés nationales se sont appuyés sur la mise en œuvre de biopolitiques ethnicisées. La capture des migrants dans des figures stéréotypées – qui reconfigurent les vieux biologismes coloniaux -a contribué à asseoir des formes d’inclusion politique disqualifiantes, contre lesquelles s’imaginent et se configurent les communautés nationales. En même temps que s’agencent ces stéréotypes sociaux, se configurent des économies morale hégémoniques à l’intérieur desquelles ils produisent et légitiment du mépris social, et construisent les relations de pouvoir souvent violentes qui soutiennent les modes de mise au travail des populations migrantes, en Malaisie et à Singapour.

La lutte contre la prostitution touristique en Thaïlande. Subjectivation et mondialisation des questions sexuelles 

•    Sébastien ROUX ;
sebastien/point/roux/at/ens/point/fr
Chercheur IRIS-CNRS
En Thaïlande, la mobilisation autour du tourisme sexuel s’est organisée à partir du milieu des années 1970, transformant la gestion politique de la prostitution. Or l’émergence des questions sexuelles dans l’espace public thaïlandais s’est accompagnée d’une importation relative des cadres d’analyse du sexe commercial. Malgré la spécificité des formes locales de prostitution, les prises de position autour du tourisme sexuel se sont rapidement alignées sur les débats occidentaux relatifs au commerce de la sexualité. Qu’ils soient considérés comme victimes ou travailleurs sexuels, les agents désignés se disent ou se pensent aujourd’hui à travers la sexualité commerciale comme problème politique et moral, questionnant ainsi les effets pratiques d’une mondialisation des questions sexuelles. Dès lors la transnationalisation d’un problème social appelle à questionner les rapports de pouvoir qui traversent – et constituent – les sujets, interrogeant les enjeux politiques de la reconnaissance.

Le Japon après 1995. Les enjeux autour de la production de récits de société
•    Kazuhiko YATABE ;
kazuhiko/point/yatabe/at/univ-paris-diderot/point/fr
Maître de conférences à l’Université Paris 7 ;
CADIS-EHESS
Dans l’histoire récente de la société japonaise, l’année 1995 s’impose comme une année charnière par la survenue de trois événements qui ont signifié aux Japonais la fin d’un monde sous-tendu par la croyance en une modernité pourvoyeuse de progrès : le séisme de Kobe et l’attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum dans le métro de Tôkyô, le viol d’une fillette commis par des soldats américains stationnés sur l’île d’Okinawa. La conscience, collectivement partagée, d’une fin est aussi le résultat de l’essoufflement d’un récit de société qui a placé la rationalité occidentale au cœur de son dispositif narratif. Un des défis majeurs auquel se trouve aujourd’hui confronté le champ intellectuel et artistique nippon est la production de nouveaux récits, capables de rendre intelligible l’univers social du Japon « post 1995 » tout en lui donnant du sens.

La sociologie européenne au miroir de la sociologie chinoise 
•    Laurence ROULLEAU-BERGER ;
Laurence/point/Roulleau-Berger/at/ens-lyon/point/fr
Sociologue, Directeur de recherche au CNRS,
IAO/ENS Lyon
Comment penser la pluralité des récits des sociétés contemporaines? Comment casser les hiérarchies construites par les colonialismes scientifiques entre société européenne et société chinoise ? Il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des « provinces du savoir » que de penser les continuités entre sociologie européenne et chinoise pour produire des connaissances transnationales en sciences humaines émancipées de toute forme d’orientalisme.

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