Relations d’amour et de mariage dans trois sociétés d’Asie

(Communications lors du Réseau Asie, septembre 2011)

Nous sommes quelques maîtres de conférence anthropologues travaillant dans l’aire asiatique qui se sont regroupés pour étudier le thème des relations amoureuses et du mariage dont nous cherchons à comprendre les configurations modernes. À partir d’enquêtes de terrain menées récemment dans les différentes sociétés que nous étudions, nous cherchons à voir s’il existe une cohérence du développement moderne des formes de mariage dans l’aire asiatique, et quelles sont les spécificités de chaque société dans les rapports entre les sexes tels qu’ils se constituent dans les mariages. La visée comparative de cet atelier est de mettre en éclairage les façons dont sont envisagés les rapports de mariages en ce qui concerne les facteurs qui orientent les choix des conjoints dans les trois sociétés étudiées : les Philippines, le Japon et la Chine.
Les intervenants et leurs thèmes de communication sont les suivants : Jean-Michel Butel propose d’étudier les stratégies matrimoniales élaborées collectivement pour pallier à la difficulté de rechercher des conjoints dans l’île de Hachijôjima au Japon. Elisabeth Luquin s’intéresse aux processus de la cour prémaritale chez les Mangyan Patag dans l’île de Mindoro aux Philippines dont elle voudrait montrer l’importance de l’intervention des ancêtres bienveillants pour organiser les mariages. Catherine Capdeville étudie les liens entre les échanges qui ont lieu à l’occasion des mariages entre le côté du fiancé et celui de la fiancée et l’instauration de relations amoureuses entre les deux partenaires.

COORDINATION : CATHERINE CAPDEVILLE ZENG ;
catherine.capdeville@gmail.com

 

« Désir et stratégies matrimoniales dans le Japon contemporain – L’idéal du conjoint sur l’île de Hachijô-jima »
• Jean-Michel BUTEL ;
jmbutel/at/inalco/point/fr ;
Maître de conférences ;
Centre d’Études Japonaises ;
Institut national des langues et civilisations orientales

 

Les débats sur la famille et le couple au Japon considèrent très généralement que la modernisation du pays à partir de l’ère Meiji (1868-1912), puis après la défaite de 1945, a bouleversé les coutumes précédentes en introduisant l’idée du libre choix du conjoint et en insistant sur l’entente amoureuse. L’urbanisation et la for-mation d’une classe moyenne seraient par ailleurs allées de pair, à partir des années 80, avec une plus grande instabilité des couples. Nous tenterons de discuter ces affirmations en nous appuyant sur un travail de terrain effectué en 2009 et 2010 sur l’île de Hachijô-jima (dépendant administrativement de la ville de Tôkyô). L’archipel dont elle fait partie est en effet bien connu des ethnologues japonais pour ses pratiques amoureuses et conjugales (mariage en plusieurs étapes, mari-visiteur, rapt de l’épouse). Celles-ci ont été décrites dès la période moderne (18e s.), ce qui permet une remise en perspective historique très précieuse. Les documents relatifs à Hachijô-jima et les discours des acteurs permettent d’élaborer l’hypothèse suivante : ce qui semble caractériser la modernisation n’est pas une révolution des pratiques mais une extension du champs des possibles qui mène à de véritables stratégies matrimoniales, élaborées collectivement. L’île de Hachijôjima se fait ainsi l’écho, selon une modalité qui possède ses caractéristiques, d’une préoccupation très présente dans le Japon contemporain : celle de la difficile mais nécessaire recherche d’un conjoint.

« La cour pré-maritale chez les Mangyan Patag (Mindoro, Philippines) »
• Elisabeth LUQUIN ;
elisabeth/point/luquin/at/gmail/point/com ;
Maître de conférences Membre du CASE ;
Institut national des langues et civilisations orientales

Dès l’adolescence, les jeunes s’inscrivent dans un processus de cour qui s’étend sur plusieurs mois et par-fois plusieurs années. Il s’agira d’étudier les relations amoureuses des Mangyan Patag, et en particulier leur système de cour pré-maritale et de voir comment celle-ci s’inscrit dans les relations socio-cosmiques consti-tutives de la société, donc fondamentales à sa compréhension. L’hypothèse de départ est que l’étude des traits spécifiques de la cour pré-maritale (temporalité, invisibilité, utilisation des poèmes et des plantes) renvoie à la relation aux ancêtres bienveillants ; relation qui permet de devenir officiant des rituels daniw (guérison, réparation de l’inceste ou transformation en ancêtres). Dans un premier temps je décrirai le processus de cour puis je dégagerai les traits communs à la cour et à la relation entre officiants et ces ancêtres.

« Mariage et amour en Chine – Les échanges et les sentiments dans les mariages dans un village du Jiangxi d’aujourd’hui »
• Catherine CAPDEVILLE-ZENG ;
catherine/point/capdeville/at/gmail/point/com ;
Maître de conférences ;
Institut national des langues et civilisations orientales

À partir d’une enquête menée à l’été 2010 dans le village de Shiyou (province du Jiangxi), je m’interrogerai sur les modalités des échanges entre les deux familles des mariés. Ces échanges comprennent des sommes d’argent, des bijoux, une literie, et d’autres objets comme des appareils électriques divers, une moto et parfois un appartement. Les deux familles donnent au jeune couple, mais ces échanges ne sont pas égaux. Peut-on parler de dot pour l’épouse et de prix de la fiancée pour l’époux? Comment comprendre la somme d’argent reçue par la mariée à travers ses parents mais qui est donnée par la famille du marié ? À partir de l’étude de la nature et de la quantité des biens transférés, j’analyserai la position relative de chaque partenaire dans le nouveau couple et la relation d’échange qui préside au mariage. Faut-il comprendre celui-ci comme l’établissement d’un simple contrat économique ou ces échanges peuvent-ils être envisagés comme vecteurs de la relation instaurée entre les deux conjoints ? Dans un tel contexte, quelle place ont les relations amoureuses entre les deux partenaires ?

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